Auteurs : Rebecca Major, associée et François Adao, collaborateur
Cet article a initialement été publié par l’AGEFI Hebdo dans son numéro du 29 avril 2021.

Le continent africain se trouve simultanément confronté à deux tendances : la diminution des investissements directs étrangers (IDE) et le désinvestissement des énergies fossiles. Si la première procède conjoncturellement de la crise sanitaire, la seconde reflète davantage un changement durable de paradigme porté par la lutte contre le changement climatique et la sensibilisation accrue des investisseurs aux problématiques RSE (responsabilité sociétale des entreprises) que les mesures de relance en cours pourraient accentuer. Depuis plusieurs années, une pression croissante est exercée sur les entreprises, tant depuis l’étranger par les actionnaires et prêteurs, que depuis le continent par les citoyens et les pouvoirs publics, afin qu’elles intègrent davantage ces facteurs extra-financiers dans leurs décisions.

Dans les hydrocarbures, nous observons depuis plusieurs années un recul de l’exploration et du développement de nouveaux grands projets, ainsi qu’une augmentation des cessions de leurs actifs africains par des acteurs historiques. Plusieurs raisons peuvent motiver ces choix : (1) le retrait de certains investisseurs et banques des énergies fossiles ; (2) l’adoption par les entreprises de politiques visant la neutralité carbone ; (3) une sensibilité accrue du monde économique aux critères RSE ; et (4) des considérations financières quant à la rentabilité des projets coûteux (offshore profond, pipelines transfrontaliers, etc.) face au faible prix du baril (que la lutte contre le réchauffement climatique pourrait affecter en transformant ces actifs en actifs non performants “stranded assets“).

La transition énergétique entraîne une hausse du prix des minerais nécessaires au transport et au stockage d’énergie (lithium, cobalt, nickel etc.), ce qui pourrait être une aubaine pour l’industrie minière en Afrique. Cependant les facteurs RSE deviennent de plus en plus importants et pourraient freiner certains investissements dans ce secteur. Dans les pays où les problématiques de corruption, de traçabilité et de conditions d’extraction sont les plus aigües, les entreprises doivent être très vigilantes dans la gestion de leurs chaînes d’approvisionnement.

Malgré les craintes qu’il suscite pour les États africains dépendant des matières premières et pour les sociétés extractives, ce nouveau paradigme est source d’opportunités. Il offre aux États l’occasion de relever le double défi d’utiliser leurs ressources naturelles comme levier de développement tout en préservant leur environnement. Les États africains pourraient profiter de la réallocation des capitaux de projets ne satisfaisant pas les critères RSE vers des projets « RSE-compatibles », notamment les énergies renouvelables (off-grid ou mini-grid), les mines plus écologiques, le GNL « décarboné », ou encore hydrogène vert. L’Afrique est un vivier d’innovations technologiques, comme l’a montré le formidable développement des services bancaires mobiles, et la transition énergétique représente à cet égard une opportunité. La dimension environnementale devient également essentielle dans certains cas pour assurer de bonnes relations avec les riverains et garantir la pérennité des projets. La mise en place de tribunaux environnementaux qui permettent aux communautés locales de contester les autorisations accordées à la suite des études d’impact environnementales a causé, au Kenya, l’échec du projet de centrale à charbon de Lamu, qui devait être l’une des plus grandes de la région.

Afin d’attirer plus d’investissements, il revient aux États concernés de mettre en place un écosystème favorable, incluant un cadre juridique et fiscal clair et incitatif. Cet écosystème sera d’autant plus attractif qu’il aura une dimension régionale voire continentale, avec notamment une harmonisation réglementaire et des systèmes d’interconnexion afin de favoriser les économies d’échelles sur des marchés nationaux parfois trop petits. Le droit OHADA et sa possible extension, ainsi que le lancement le 1er janvier 2021 de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), constituent de ce point de vue d’indéniables avancées.

Eu égard au développement des législations sur le contenu local, cette évolution est également une excellente occasion pour les entreprises africaines de se positionner aux côtés des sociétés non africaines. Certaines existent déjà, notamment au Maroc et en Afrique du Sud, et étaient panafricaines bien avant l’avènement de la ZLECAf qui pourrait davantage favoriser leur expansion. En attendant le retour des IDE à leur niveau d’avant-crise, les transferts de fonds des expatriés africains qui avaient dépassé les IDE, l’aide publique au développement et les financements des bailleurs internationaux en 2019, devraient constituer une source encore plus importante de financement extérieur pour le continent. Certains pays, comme le Nigéria, misent logiquement sur les diaspora bonds (obligations-diaspora) qui pourraient générer 50 milliards de dollars par an.


N’hésitez pas à vous adresser à Rebecca Major ou François Adao, ou à votre contact habituel au sein de HSF Paris, si vous désirez davantage de renseignements:

Rebecca Major
Rebecca Major
Associée, Paris
+33 1 53 57 78 31

François Adao
François Adao
Collaborateur, Paris
+33 1 53 57 13 54